Une des raison qui me rend moins volubile ces temps-ce est mon horaire travail qui comprend beuacoup de voyages. Bien des gens au bureau me considèrent chanceux: j'ai un emploi qui me fait voir du pays. Bah...
En septembre et octobre, c'était la Californie: San Diego et San Francisco, si différentes et si toutes deux adorables. Puis New York, ma première expérience dans la grosse pomme, incroyable tant qu'on ne l'a pas vue. Cette semaine c'était Portland en Oregon, un coin de pays qui m'a rappelé Vancouver de par sa sympathie et son temps maussade. La semaine prochaine, Washington.
À Portland, j'y ai fait une saucette, une nuit seulement et ce séjour m'a causé bien des soucis. D'abord, je devais faire de la promotion pour un nouveau film: Disaster. Poche dans tous les sens, une vraie honte de travailler au succès d'un tel navet. Deux: je n'avais qu'un DVD à faire jouer alors que le client avait payé pour deux. Je devais en vitesse trouver un endroit pour copier le disque. Trois, un des deux écran LCD sur lequel je devais faire jouer un DVD a décidé de ne pas fonctionner le matin de la promo. Et finalement, il pleuvait.
Malgré tous ces signes qui menait inéluctablement à un échec cuisant, je suis quand même parvenu à 1) me déconnecter personellement de la promo et à faire un bon travail; 2) trouver un endroit pour copier le disque (une saga en soi); 3) réparer l'écran! (je ne sais pas exactement ce que j'ai fait) et 4) trouver des coins secs pour ne pas mouiller les écrans pendant la promo.
Je me suis donc sorti d'affaire et je me félicitais encore quand je suis arrivé à l'aéroport pour prendre mon avion. Devant moi, attendant de faire scanner leur carte d'embarquement, deux hillbillies étalaient au grand jour leur manque de culture, de savoir-vivre et de gros bon sens. Me tenant juste derrière eux, je plaignais déjà les pauvres types qui allaient devoir endurer leur odeur corporelle pendant les trois heures en vol vers Vegas.
Je savais que mon siège était situé dans la dernière rangée de cet avion d'Alaskan Airlines et je trottinais patiemment derrière nos deux bozos qui allaient entreprendre leur baptême de l'air, une information qu'il m'aurait été difficile de ne pas connaître puisqu'ils la criaient haut et fort à chaque fois qu'ils apercevaient une personne en uniforme.
Mais plus j'avançais dans la rangée, plus je voyais où la roulette allait s'arrêter. Les ours mal léchés avaient mis leur paris sur 26 noir et j'avais l'immense chance d'avoir mis mes jetons sur le 27 de la même couleur. J'ai pris mon siège juste derrière eux.
Je suis généralement un gentleman et je ne passe que rarement de commentaire à ce sujet, mais l'odeur qui émanait des frères Crastillon rappelait celle du sac de hockey qu'on ouvre pour la première fois dans la saison. C'était difficile de ne pas rire. Ou de ne pas vomir.
À ma gauche, dans 27 rouge, un type ne se gênait pas. Trop fort pour lui le fromage, il articulait blague après blague sur la situation du moment et tout l'entourage capable de les entendre riait nerveusement. La jeune fille dans 26 rouge couvrait son visage de sa main et celle dans 27 noir, juste à côté de Ren & Stimpy se tournait constamment vers l'arrière, le fou rire dans ses yeux juste à côté de l'incompréhension d'autant de malchance qui la frappait avant de mettre les pieds dans la ville des casinos.
Et puis les hôtesses du vol de sont mises en action. Elles en ont vu d'autres, sans doute, elle sont bien entraînées et savent quoi faire dans des cas comme ceux-ci. Et je dois avouer que leur réponse m'a surpris de par sa rapidité et de son gros bon sens. Elles ont utilisé les moyens qu'elles avaient pour parer à la situation.
Vous devinez?
02 décembre 2006
24 novembre 2006
Thanksgiving!
Eh bien ça y est, on s'est saucé dans le bouillon américain, on a passé notre premier Thanksgiving en compagnie de vrais, purs et sincères citoyens de la république. Je vous assure que les clichés ne manquaient pas, tout y était y compris la dinde et bien du plaisir.
Le décor
La maison vaut un million. Elle appartient à une riche famille qui a vécu le rêve américain et s'est sortie de la classe moyenne avec beaucoup de travail et peu de sacrifices. Je n'ai pas fait le tour mais j'y jeté un oeil sur le garage, assez grand pour une moto, trois quad et deux buggy pour aller faire les fous dans les dunes de sable le weekend. Le stationnement avant étale les autres véhicules: deux utilitaires sport, deux pick-ups, un motorisé d'au moins 30 pieds et une roulotte pas beaucoup plus petite. Notre Corolla avait l'air d'un modèle réduit. Le reste de la maison est divisé en deux, la partie principale et l'arrière-maison où habite grand-mère. Entre les deux la piscine creusée, fermée pour l'hiver.
Le repas
Il n'y manquait rien, cétait pareil comme le Thanksgiving des Simpson. Le centre de table, la dinde (cuite par maman mais coupée par papa), la farce et la gelée d'atocas, les patates pilées et le fêves vertes, seuls légumes, nappés d'une sauce au fromage. Ils ont dit merci au Lord, on a bu de la Miller et du Pepsi, on a parlé de sports, de chars, de l'Arizona et de l'Utah et du Québec, du Cirque du Soleil et de l'extrème qualité des gens qu'on y retrouve. Les enfants mangeaient à une petite table à côté, ça riait, ça parlait anglais et Nancy et moi on se regardait à chaque fois que Sam ou Pounne lançaient une phrase bien placée. Bon repas, bien du plaisir.
Le gens
Nos hôtes sont des gens bien ordinaires, lui construit des maisons et elle fait la paperasse qui vient avec. Ils ont fait fortune à Vegas, un marché immobilier complètement cinglé, mais sont resté simples et sympathiques. Elle est juive, il est catholique, il a mangé du jambon mais pas elle. Aussi à la table un couple de l'Utah qui contemplent venir habiter dans le désert, un frère de lui avec sa femme et un frère d'elle sa femme partie en Californie, et grand-mère évidemment. Pas tellement différent de nos familles autour de la table de Noël dans le fond.
La finale
Après le dessert tout le monde s'est dispersé, la télé s'est allumée et la partie de football américain a rempli l'écran, grand-mère est partie se reposer. Nancy et moi sommes allés voir la structure de la nouvelle maison, celle dans laquelle nos hôtes vont habiter dans moins de six mois. J'ai dit une maison? J'aurais dû dire un domaine, un castel, une hacienda. Je vous en reparlerai lorsqu'elle sera finie, ça va être grandiose. Coût de construction: 1,1M$. Valeur lorsque terminée: 2,5M$. Le garage a lui seul, avec ses 2500pi², est plus grand que la plus grande maison que nous avons habité. Ouch.
Nous sommes rentrés chez nous dans notre humble appart, trop petit. Et comme toujours, nous n'y avons pas prêté la moindre attention lorsque nous y avons ouvert une boîte de fun et que les rires y ont retenti et les câlins ont été prodigués et l'amour s'est répandu sur le tapis où nous roulions les uns sur les autres. Valeur au livre: priceless.
Le décor
La maison vaut un million. Elle appartient à une riche famille qui a vécu le rêve américain et s'est sortie de la classe moyenne avec beaucoup de travail et peu de sacrifices. Je n'ai pas fait le tour mais j'y jeté un oeil sur le garage, assez grand pour une moto, trois quad et deux buggy pour aller faire les fous dans les dunes de sable le weekend. Le stationnement avant étale les autres véhicules: deux utilitaires sport, deux pick-ups, un motorisé d'au moins 30 pieds et une roulotte pas beaucoup plus petite. Notre Corolla avait l'air d'un modèle réduit. Le reste de la maison est divisé en deux, la partie principale et l'arrière-maison où habite grand-mère. Entre les deux la piscine creusée, fermée pour l'hiver.
Le repas
Il n'y manquait rien, cétait pareil comme le Thanksgiving des Simpson. Le centre de table, la dinde (cuite par maman mais coupée par papa), la farce et la gelée d'atocas, les patates pilées et le fêves vertes, seuls légumes, nappés d'une sauce au fromage. Ils ont dit merci au Lord, on a bu de la Miller et du Pepsi, on a parlé de sports, de chars, de l'Arizona et de l'Utah et du Québec, du Cirque du Soleil et de l'extrème qualité des gens qu'on y retrouve. Les enfants mangeaient à une petite table à côté, ça riait, ça parlait anglais et Nancy et moi on se regardait à chaque fois que Sam ou Pounne lançaient une phrase bien placée. Bon repas, bien du plaisir.
Le gens
Nos hôtes sont des gens bien ordinaires, lui construit des maisons et elle fait la paperasse qui vient avec. Ils ont fait fortune à Vegas, un marché immobilier complètement cinglé, mais sont resté simples et sympathiques. Elle est juive, il est catholique, il a mangé du jambon mais pas elle. Aussi à la table un couple de l'Utah qui contemplent venir habiter dans le désert, un frère de lui avec sa femme et un frère d'elle sa femme partie en Californie, et grand-mère évidemment. Pas tellement différent de nos familles autour de la table de Noël dans le fond.
La finale
Après le dessert tout le monde s'est dispersé, la télé s'est allumée et la partie de football américain a rempli l'écran, grand-mère est partie se reposer. Nancy et moi sommes allés voir la structure de la nouvelle maison, celle dans laquelle nos hôtes vont habiter dans moins de six mois. J'ai dit une maison? J'aurais dû dire un domaine, un castel, une hacienda. Je vous en reparlerai lorsqu'elle sera finie, ça va être grandiose. Coût de construction: 1,1M$. Valeur lorsque terminée: 2,5M$. Le garage a lui seul, avec ses 2500pi², est plus grand que la plus grande maison que nous avons habité. Ouch.
Nous sommes rentrés chez nous dans notre humble appart, trop petit. Et comme toujours, nous n'y avons pas prêté la moindre attention lorsque nous y avons ouvert une boîte de fun et que les rires y ont retenti et les câlins ont été prodigués et l'amour s'est répandu sur le tapis où nous roulions les uns sur les autres. Valeur au livre: priceless.
23 novembre 2006
Happy...
Ça y est, demain c'est notre premier vrai thanksgiving américain. Les écoles sont fermées, les banques aussi, alors dans ce temps-là tout le reste arrête. Sauf le Cirque du Soleil. Et les casinos.
Le plus excitant de l'histoire c'est que nous sommes invités à manger de la dinde chez des nouveaux amis, des américains pure laine. Y'en aura surement de belles à raconter après ça.
Stay tuned, folks.
Le plus excitant de l'histoire c'est que nous sommes invités à manger de la dinde chez des nouveaux amis, des américains pure laine. Y'en aura surement de belles à raconter après ça.
Stay tuned, folks.
22 novembre 2006
Criche crouche
Je me demandais quand l'automne arriverait à Las Vegas. Ce matin, j'ai marché dans des feuilles mortes, c'est donc commencé...
21 novembre 2006
Changements climatiques
C'est aujourd'hui que sort le film de Davis Guggenheim mettant en vedette Al Gore (vous vous rappelez de celui qui a perdu son élection vs. un certain G. W. Bush?): An Inconvenient Truth (en DVD, louez-le ou achetez-le).
Quand je regarde la société américaine (et croyez-moi, je commence à la comprendre comme jamais je n'aurais pu avant), je ne vois pas comment ce peuple décadent pourra revenir en arrière sur la question des émissions polluantes. Vous voulez quelques annecdotes à ce sujet?
En traversant la rue pour me rendre au dépanneur, je me fais klaxonner par mon collègue de travail qui revient de dîner. Je lui demande plus tard où il est allé luncher avec sa voiture et il me répond qu'il revenait du Subway. Il est juste à côté du dépanneur en question. À 300 pas de notre lieu de travail! Le plus surprenant dans l'histoire, il me demande pourquoi je n'ai pas pris ma moto pour aller au dépanneur. Je me suis mis à rire, je pensais qu'il faisait une farce. Apparamment pas.
J'ai aussi vu la dame qui travaille dans le bureau d'à côté faire la même chose.
La banque à un guichet pour l'auto. Le nettoyeur a un guichet pour l'auto. Starbucks a un guichet pour l'auto.
Le trois grands manufacturiers américains (Ford, GM, DaimlerChrysler) emploient 2.5 millions de personnes, paient annuellement 35 milliards de dollars en salaires!
Comment voulez-vous arrêter cette roue?
Et ce n'est pas tout, la Chine et les pays en développement veulent de plus en plus de véhicules personnels et les VUS jouissent d'une popularité croissante.
Alors on fait quoi maintenant? On attend que la population globale baisse, que les économies s'effondrent? On vend nos voitures pour s'acheter des scooters électriques? On couvre le Québec de barrages hydroélectriques pour exporter plus d'électricité et réduire le nombre de centrales au charbon?
Je pense que je vais regarder le film, ça va me donner d'autres idées sans doute.
Quand je regarde la société américaine (et croyez-moi, je commence à la comprendre comme jamais je n'aurais pu avant), je ne vois pas comment ce peuple décadent pourra revenir en arrière sur la question des émissions polluantes. Vous voulez quelques annecdotes à ce sujet?
En traversant la rue pour me rendre au dépanneur, je me fais klaxonner par mon collègue de travail qui revient de dîner. Je lui demande plus tard où il est allé luncher avec sa voiture et il me répond qu'il revenait du Subway. Il est juste à côté du dépanneur en question. À 300 pas de notre lieu de travail! Le plus surprenant dans l'histoire, il me demande pourquoi je n'ai pas pris ma moto pour aller au dépanneur. Je me suis mis à rire, je pensais qu'il faisait une farce. Apparamment pas.
J'ai aussi vu la dame qui travaille dans le bureau d'à côté faire la même chose.
La banque à un guichet pour l'auto. Le nettoyeur a un guichet pour l'auto. Starbucks a un guichet pour l'auto.
Le trois grands manufacturiers américains (Ford, GM, DaimlerChrysler) emploient 2.5 millions de personnes, paient annuellement 35 milliards de dollars en salaires!
Comment voulez-vous arrêter cette roue?
Et ce n'est pas tout, la Chine et les pays en développement veulent de plus en plus de véhicules personnels et les VUS jouissent d'une popularité croissante.
Alors on fait quoi maintenant? On attend que la population globale baisse, que les économies s'effondrent? On vend nos voitures pour s'acheter des scooters électriques? On couvre le Québec de barrages hydroélectriques pour exporter plus d'électricité et réduire le nombre de centrales au charbon?
Je pense que je vais regarder le film, ça va me donner d'autres idées sans doute.
20 novembre 2006
M'en voudriez-vous?
Je sais que j'ai dit que j'arrêtais Q->LV...
C'est difficile...
Il me prend des fois l'envie de revenir faire un tour et de publier un billet, juste parce qu'il me vient une idée folle...
M'en voudriez-vous si je le faisais, une fois de temps en temps?
Est-ce que vous me traiteriez de lâcheux d'avoir lâché mon intention de lâcher?
C'est difficile...
Il me prend des fois l'envie de revenir faire un tour et de publier un billet, juste parce qu'il me vient une idée folle...
M'en voudriez-vous si je le faisais, une fois de temps en temps?
Est-ce que vous me traiteriez de lâcheux d'avoir lâché mon intention de lâcher?
28 octobre 2006
La lettre
Épisode 3
---------------------------
À Nancy mon amour,
Tu te souviens toutes les lettres que l'on s'écrivait autrefois? Nous en avons gardé une caisse, cette voûte contient un trésor qu'il ne faut jamais perdre. Ces lettres sont la chronique de notre passé, elles seront une riche source de bonheur dans nos jours futurs.
Il est dommage que la fréquence de nos lettres ait diminué, les six pages manuscrites hebdomadaires ont été remplacées par les regards furtifs et les petits gestes qui caractérisent les couples d'âge. Il faudrait aussi peut-être montrer du doigt l'Internet et le SMS qui ont promu la gratification instantanée au détriment de la lettre-escargot... :(
En écrivant cette histoire que j'ai commencée il y a déjà des semaines, j'ai soudainement eu le goût de prendre un peu de recul hors du brouhaha quotidien et de t'admirer comme tu le mérites. Quand je fais cela d'habitude, je passe une soirée à te raconter pourquoi je t'aime et toi tu rigoles en te demandant sans doute si tout ce que je raconte est vrai. Aujourd'hui, j'avais plutôt envie de l'écrire. Et puis, c'est reposant de t'écrire ainsi, c'est comme les conversations que nous avons parfois avant de nous endormir, ces petits moment bien à nous où rien ne peut nous arriver et où nous façonnons le monde à notre manière.
J'ai perdu le compte: combien de fois au cours de ces conversations t'ai-je répété: « Un jour Nancy, tu feras quelque chose de grand »? A mes yeux, tu es déjà une de ces grandes personnes. À chaque fois que je fais cette constatation à ton sujet, je suis frappé d'émotion. Je me gonfle le torse pour montrer ma fierté de coq. MA blonde! Hahaha!
Mais sans blague, quelle vie incroyable tu m'as donnée! Il y a de quoi être fier, non?
Je suis sidéré par le fait qu'il n'y a pas si longtemps encore, nous étions à St-Hubert dans notre simple petit condo près de la jungle, notre vie toute nou-ni-nou mais si intensément satisfaisante. Nous les avions là aussi nos conversations, je me souviens avoir discuté maintes fois de notre vie qui changerait si le Cirque du Soleil appelait. Nous l'avons analysée de fond en comble cette question et nous avons vu là une opportunité pour la famille de grandir encore. Si le téléphone sonnait, nous savions déjà que nous accepterions.
Mais de rester assise à côté du téléphone à attendre qu'il sonne n'est pas trop ton style, n'est-ce pas? Tu as toujours une forte tendance à prendre ce téléphone et à mettre les choses en mouvement, question d'aider un peu ta fortune. Je t'ai regardé agir et n'ai pu qu'applaudir ta démarche, je suis toujours impressionné par ce talent que tu as.
Au téléphone, tu as commencé par t'afficher disponible auprès de tes amis au Cirque, Micheline et Éric, sans qui rien de ceci ne serait arrivé (encore une fois, grands mercis!). Tes bons amis t'ont ouvert la porte mais il fallait aussi que tu la franchisses. D'abord de faire ses débuts au Cirque quand on est dans la mi-trentaine et après avoir mis au monde deux poupons, ce n'est probablement pas ce que j'appellerais une entrée typique. Tu allais devoir faire face aux préjugés et montrer doublement que tu avais ce qu'il fallait. Ensuite tu te présentais avec un CV moins que parfait qui contenait les traces d'une blessure majeure. Encore une fois tu devrais te montrer allumée et brillante pour chasser cette ombre de sur toi.
Mais les êtres supérieurs ont cette facilité à convaincre les autres et sont capables d'une rapidité d'action pour tourner en leur faveur le timing le plus inattendu. Quand le téléphone a finalement sonné, j'ai vu tes yeux s'allumer et tes neurones se mettre en marche. Après cette conversation, il te fallait en très peu de temps retrouver ta forme physique, produire une cassette vidéo de toi en plein exercice et obtenir une certification d'un médecin spécialiste que ton cou ne poserait pas de problème.
Quand je pense aux flings-flangs que tu as faits pour te trouver une structure de bungee dans la région de Montréal et de convaincre en plus sa gardienne de te laisser l'utiliser pour tourner ton vidéo, j'en frémis. Il y avait une quantité impossible d'obstacles entre le coup de téléphone du Cirque et cette cassette. Un par un tu les as tous enlevés. Tu as tout mon respect pour ce coup-là, je ne sais vraiment pas comment tu as fait.
Et puis quand ton médecin, le Dr. Pokrupa, depuis le temps déménagé à Kingston pour diriger le département de neurochirurgie de l'endroit, a accepté de te recevoir, tu es partie en expédition avec les enfants pour aller à sa rencontre. En quelques jours, tu avais dans la main la lettre d'un prestigieux neurochirurgie qui donnait le feu vert à des activités sans impacts.
Pas étonnant qu'ils t'aient acceptée, tu avais réuni en un temps record tout ce qu'il fallait sans lésiner sur la qualité. La suite s'est déroulée si vite que je n'ai même pas eu le temps de m'habituer à l'idée. Tu es partie quelques semaines plus tard et toute ta famille a regardé ton avion décoller.
Tu nous as beaucoup manqué pendant les mois qui ont suivi, sans toi la vie est vite devenue ordinaire. Le seul piment de cette longue période est lorsque nous sommes allés te visiter. Les enfants étaient si heureux de prendre l'avion! Lorsque nous nous sommes assis dans la salle pour voir ton spectacle et que nous t'avons reconnue sur la scène, nous étions ravis! Lorsque Pounne, toute petite, debout sur son siège s'est écriée « c'est maman! » de tous ses poumons dans la salle, j'ai littéralement fondu.
Je te regardais sans cesse, j'en pleurais de joie, je n'arrivais pas à croire ce que mes yeux m'envoyaient. Là sur la scène, tu me rappelais une orchidée qui a mis des années à s'épanouir et qui s'offre à la vue de tous. J'avais le coeur chaviré, je ne voyais plus que toi, je te cherchais à chaque fois que tu disparaissais dans les coulisses et souriais comme un enfant lors que je t'apercevais dans une peau neuve, toi aussi toute souriante comme jamais je ne t'avais vue auparavant. Tes mouvements étaient composés de la grâce et de l'assurance d'une femme de trente ans. On y voyait aussi la force et la souplesse d'une fille de vingt ans et du même coup tu m'as fait rajeunir. Bleue, orangée, jaune et frangée, tu étais splendide dans tous tes costumes, tu brillais de mille feux et ta lumière m'aveuglait. Quand le spectacle s'est terminé et que la foule s'est levée, elle applaudissait la majesté de la production qui dépassait toutes les attentes. Les enfants et moi, nous n'applaudissions que toi. Bravo! Bravo! Maman Nancy, bravo! Quel dénouement pour ton spectacle qui a duré près de dix ans! La finale était grandiose!
Après trois mois, tu es revenue à la maison mais pas parce que le travail était terminé. Au contraire, ils auraient bien voulu te garder, pas vrai? Mais tu avais fait une promesse aux enfants: d'être avec eux pour le temps des fêtes et jamais en dix-sept années je ne t'ai vue briser une promesse.
Et dix-huit mois plus tard, le téléphone sonnait à nouveau et nous voici, cette fois toute la famille avec toi à partager ton rêve, à en faire partie. Quelle joie pour nous tous!
Je suis si heureux que tu aies pu vivre ce rêve. Si quelqu'un pouvait réussir l'exploit, c'était bien toi. La chance t'a peut-être un peu aidée dans toute cette histoire, mais pas autant que l'aide que tu t'es apportée à toi-même en gardant la tête baissée et en ne reculant devant rien.
Combien de fois Nancy m'as-tu demandé « Pourquoi m'aimes-tu? »? J'ai toujours répondu à ta question car pour moi les raisons sont claires et évidentes. Mes réponses ont un peu changé avec le temps, t'en es-tu aperçue?
Au début, j'admirais ton inspirante jeunesse féminine, ta générosité sans limite, ton intelligence vive qui savait toujours me surprendre.
Puis j'ai avec le temps découvert en toi d'autres qualités qui sont sorties au grand jour dans des situations particulières. Ton courage face à ce qui t'es arrivé m'a particulièrement impressionné mais par dessus tout, je suis toujours resté sans voix devant ton talent incommensurable pour l'éducation des enfants. Tu es une mère exemplaire et à chaque jour lorsque je regarde nos petits évoluer, j'en ai la preuve concrète et croissante.
Aujourd'hui je t'aime parce que tu es une source d'inspiration, non seulement pour moi mais pour tous ceux qui te connaissent. J'ai cette admiration qui me tenaille et me remplit d'humilité comme si je me trouvais en compagnie d'une sommité. Je suis constamment bouleversé par la force que tu représentes, cette énergie que rien ne peut atténuer. Tu sais prendre la vie par les cornes et la mener où tu veux et moi je te suis, je t'observe et je t'adore.
Quand j'ai entrepris cette histoire, je n'avais qu'un seul but: de faire connaître à toute la Terre la fibre extraordinaire dont tu es tissée. Ce serait un acte d'égoïsme énorme que de garder cette histoire pour moi seul. Je rêve à mon tour de voir des gens qui comme moi se trouveraient être inspirés par le récit de tes aventures et à voir en toi un modèle à imiter. Mon seul regret est de n'avoir pas su raconter l'histoire dans des détails plus riches car toi et moi savons que tout n'a pas été dit. J'espère pouvoir un jour reprendre cet ouvrage et lui rendre justice.
Je ne sais trop quelles surprises la vie nous réserve mais je suis certain d'une chose: c'est loin d'être terminé! En attendant que se déroule le reste de la pellicule, Nancy mon amour, permets-moi d'admirer encore une fois ta force qui ne diminue pas, ton talent de mère qui ne connais pas son égal, ton courage qui se réaffirme au fil des jours, ton intelligence qui ne montre pas de signe de ralentissement et ta générosité qui est ta marque de commerce depuis toujours.
Et que dire de ta jeunesse féminine, déesse de mes rêves qui ne vieillit pas...
Je t'aimais.
Je t'aime.
Je t'aimerai toujours.
Burt
xxx
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À Nancy mon amour,
Tu te souviens toutes les lettres que l'on s'écrivait autrefois? Nous en avons gardé une caisse, cette voûte contient un trésor qu'il ne faut jamais perdre. Ces lettres sont la chronique de notre passé, elles seront une riche source de bonheur dans nos jours futurs.
Il est dommage que la fréquence de nos lettres ait diminué, les six pages manuscrites hebdomadaires ont été remplacées par les regards furtifs et les petits gestes qui caractérisent les couples d'âge. Il faudrait aussi peut-être montrer du doigt l'Internet et le SMS qui ont promu la gratification instantanée au détriment de la lettre-escargot... :(
En écrivant cette histoire que j'ai commencée il y a déjà des semaines, j'ai soudainement eu le goût de prendre un peu de recul hors du brouhaha quotidien et de t'admirer comme tu le mérites. Quand je fais cela d'habitude, je passe une soirée à te raconter pourquoi je t'aime et toi tu rigoles en te demandant sans doute si tout ce que je raconte est vrai. Aujourd'hui, j'avais plutôt envie de l'écrire. Et puis, c'est reposant de t'écrire ainsi, c'est comme les conversations que nous avons parfois avant de nous endormir, ces petits moment bien à nous où rien ne peut nous arriver et où nous façonnons le monde à notre manière.
J'ai perdu le compte: combien de fois au cours de ces conversations t'ai-je répété: « Un jour Nancy, tu feras quelque chose de grand »? A mes yeux, tu es déjà une de ces grandes personnes. À chaque fois que je fais cette constatation à ton sujet, je suis frappé d'émotion. Je me gonfle le torse pour montrer ma fierté de coq. MA blonde! Hahaha!
Mais sans blague, quelle vie incroyable tu m'as donnée! Il y a de quoi être fier, non?
Je suis sidéré par le fait qu'il n'y a pas si longtemps encore, nous étions à St-Hubert dans notre simple petit condo près de la jungle, notre vie toute nou-ni-nou mais si intensément satisfaisante. Nous les avions là aussi nos conversations, je me souviens avoir discuté maintes fois de notre vie qui changerait si le Cirque du Soleil appelait. Nous l'avons analysée de fond en comble cette question et nous avons vu là une opportunité pour la famille de grandir encore. Si le téléphone sonnait, nous savions déjà que nous accepterions.
Mais de rester assise à côté du téléphone à attendre qu'il sonne n'est pas trop ton style, n'est-ce pas? Tu as toujours une forte tendance à prendre ce téléphone et à mettre les choses en mouvement, question d'aider un peu ta fortune. Je t'ai regardé agir et n'ai pu qu'applaudir ta démarche, je suis toujours impressionné par ce talent que tu as.
Au téléphone, tu as commencé par t'afficher disponible auprès de tes amis au Cirque, Micheline et Éric, sans qui rien de ceci ne serait arrivé (encore une fois, grands mercis!). Tes bons amis t'ont ouvert la porte mais il fallait aussi que tu la franchisses. D'abord de faire ses débuts au Cirque quand on est dans la mi-trentaine et après avoir mis au monde deux poupons, ce n'est probablement pas ce que j'appellerais une entrée typique. Tu allais devoir faire face aux préjugés et montrer doublement que tu avais ce qu'il fallait. Ensuite tu te présentais avec un CV moins que parfait qui contenait les traces d'une blessure majeure. Encore une fois tu devrais te montrer allumée et brillante pour chasser cette ombre de sur toi.
Mais les êtres supérieurs ont cette facilité à convaincre les autres et sont capables d'une rapidité d'action pour tourner en leur faveur le timing le plus inattendu. Quand le téléphone a finalement sonné, j'ai vu tes yeux s'allumer et tes neurones se mettre en marche. Après cette conversation, il te fallait en très peu de temps retrouver ta forme physique, produire une cassette vidéo de toi en plein exercice et obtenir une certification d'un médecin spécialiste que ton cou ne poserait pas de problème.
Quand je pense aux flings-flangs que tu as faits pour te trouver une structure de bungee dans la région de Montréal et de convaincre en plus sa gardienne de te laisser l'utiliser pour tourner ton vidéo, j'en frémis. Il y avait une quantité impossible d'obstacles entre le coup de téléphone du Cirque et cette cassette. Un par un tu les as tous enlevés. Tu as tout mon respect pour ce coup-là, je ne sais vraiment pas comment tu as fait.
Et puis quand ton médecin, le Dr. Pokrupa, depuis le temps déménagé à Kingston pour diriger le département de neurochirurgie de l'endroit, a accepté de te recevoir, tu es partie en expédition avec les enfants pour aller à sa rencontre. En quelques jours, tu avais dans la main la lettre d'un prestigieux neurochirurgie qui donnait le feu vert à des activités sans impacts.
Pas étonnant qu'ils t'aient acceptée, tu avais réuni en un temps record tout ce qu'il fallait sans lésiner sur la qualité. La suite s'est déroulée si vite que je n'ai même pas eu le temps de m'habituer à l'idée. Tu es partie quelques semaines plus tard et toute ta famille a regardé ton avion décoller.
Tu nous as beaucoup manqué pendant les mois qui ont suivi, sans toi la vie est vite devenue ordinaire. Le seul piment de cette longue période est lorsque nous sommes allés te visiter. Les enfants étaient si heureux de prendre l'avion! Lorsque nous nous sommes assis dans la salle pour voir ton spectacle et que nous t'avons reconnue sur la scène, nous étions ravis! Lorsque Pounne, toute petite, debout sur son siège s'est écriée « c'est maman! » de tous ses poumons dans la salle, j'ai littéralement fondu.
Je te regardais sans cesse, j'en pleurais de joie, je n'arrivais pas à croire ce que mes yeux m'envoyaient. Là sur la scène, tu me rappelais une orchidée qui a mis des années à s'épanouir et qui s'offre à la vue de tous. J'avais le coeur chaviré, je ne voyais plus que toi, je te cherchais à chaque fois que tu disparaissais dans les coulisses et souriais comme un enfant lors que je t'apercevais dans une peau neuve, toi aussi toute souriante comme jamais je ne t'avais vue auparavant. Tes mouvements étaient composés de la grâce et de l'assurance d'une femme de trente ans. On y voyait aussi la force et la souplesse d'une fille de vingt ans et du même coup tu m'as fait rajeunir. Bleue, orangée, jaune et frangée, tu étais splendide dans tous tes costumes, tu brillais de mille feux et ta lumière m'aveuglait. Quand le spectacle s'est terminé et que la foule s'est levée, elle applaudissait la majesté de la production qui dépassait toutes les attentes. Les enfants et moi, nous n'applaudissions que toi. Bravo! Bravo! Maman Nancy, bravo! Quel dénouement pour ton spectacle qui a duré près de dix ans! La finale était grandiose!
Après trois mois, tu es revenue à la maison mais pas parce que le travail était terminé. Au contraire, ils auraient bien voulu te garder, pas vrai? Mais tu avais fait une promesse aux enfants: d'être avec eux pour le temps des fêtes et jamais en dix-sept années je ne t'ai vue briser une promesse.
Et dix-huit mois plus tard, le téléphone sonnait à nouveau et nous voici, cette fois toute la famille avec toi à partager ton rêve, à en faire partie. Quelle joie pour nous tous!
Je suis si heureux que tu aies pu vivre ce rêve. Si quelqu'un pouvait réussir l'exploit, c'était bien toi. La chance t'a peut-être un peu aidée dans toute cette histoire, mais pas autant que l'aide que tu t'es apportée à toi-même en gardant la tête baissée et en ne reculant devant rien.
Combien de fois Nancy m'as-tu demandé « Pourquoi m'aimes-tu? »? J'ai toujours répondu à ta question car pour moi les raisons sont claires et évidentes. Mes réponses ont un peu changé avec le temps, t'en es-tu aperçue?
Au début, j'admirais ton inspirante jeunesse féminine, ta générosité sans limite, ton intelligence vive qui savait toujours me surprendre.
Puis j'ai avec le temps découvert en toi d'autres qualités qui sont sorties au grand jour dans des situations particulières. Ton courage face à ce qui t'es arrivé m'a particulièrement impressionné mais par dessus tout, je suis toujours resté sans voix devant ton talent incommensurable pour l'éducation des enfants. Tu es une mère exemplaire et à chaque jour lorsque je regarde nos petits évoluer, j'en ai la preuve concrète et croissante.
Aujourd'hui je t'aime parce que tu es une source d'inspiration, non seulement pour moi mais pour tous ceux qui te connaissent. J'ai cette admiration qui me tenaille et me remplit d'humilité comme si je me trouvais en compagnie d'une sommité. Je suis constamment bouleversé par la force que tu représentes, cette énergie que rien ne peut atténuer. Tu sais prendre la vie par les cornes et la mener où tu veux et moi je te suis, je t'observe et je t'adore.
Quand j'ai entrepris cette histoire, je n'avais qu'un seul but: de faire connaître à toute la Terre la fibre extraordinaire dont tu es tissée. Ce serait un acte d'égoïsme énorme que de garder cette histoire pour moi seul. Je rêve à mon tour de voir des gens qui comme moi se trouveraient être inspirés par le récit de tes aventures et à voir en toi un modèle à imiter. Mon seul regret est de n'avoir pas su raconter l'histoire dans des détails plus riches car toi et moi savons que tout n'a pas été dit. J'espère pouvoir un jour reprendre cet ouvrage et lui rendre justice.
Je ne sais trop quelles surprises la vie nous réserve mais je suis certain d'une chose: c'est loin d'être terminé! En attendant que se déroule le reste de la pellicule, Nancy mon amour, permets-moi d'admirer encore une fois ta force qui ne diminue pas, ton talent de mère qui ne connais pas son égal, ton courage qui se réaffirme au fil des jours, ton intelligence qui ne montre pas de signe de ralentissement et ta générosité qui est ta marque de commerce depuis toujours.
Et que dire de ta jeunesse féminine, déesse de mes rêves qui ne vieillit pas...
Je t'aimais.
Je t'aime.
Je t'aimerai toujours.
Burt
xxx
24 octobre 2006
Après Q->LV
Pour ceux qui se demandent de quoi aura l'air ma carrière de blogueur après Q->LV, en voici un avant-goût.
Merci à tout ceux qui m'ont nourri d'encouragements.
Merci à tout ceux qui m'ont nourri d'encouragements.
21 octobre 2006
L'après-guerre
Deuxième épisode - deuxième partie
---------------------------------------------------
Lorsqu'on est une athlète de calibre, la fin de sa carrière d'une manière moins que triomphale occasionne bien des soucis. Nancy n'a jamais voulu sombrer dans la déprime et son cerveau encore sous le choc s'est vite mis en marche pendant même que son cou était soutenu par un carcan de métal, version du collier cervical qui tient plus de l'appareil de torture du moyen-âge que du support orthopédique à la fine pointe. C'était clair que les sports d'impact étaient désormais hors de portée et cela signifiait à son grand désarroi qu'elle ne pratiquerait plus ni plongeon ni gymnastique.
Mais l'éventail des sports est infini et si le curling ne l'enchantait guère, elle fixa son esprit sur l'aérobie et le conditionnement physique. Et puis comme Nancy acceptait rarement un défi sans qu'il n'y ait au bout un objectif concret et mesurable, elle se mit dans la tête de s'inscrire à une compétition de fitness, un défilé de danse aérobique qui se déroule sur scène.
On a fini par lui enlever son support cervical et, malgré les mises en garde de ses proches, elle s'est mise à l'entraînement, une succession de cours de danse et d'exercices de musculation pour raffermir ses membres qui venaient de passer des semaines au repos.
C'est aussi à cette époque que Nancy s'est placée comme ingénieure dans une firme de Mont St-Hilaire. Le rêve de gagner sa vie en tant que voltigeuse venait de prendre un sérieux pas de recul car en elle à ce moment était forte la conviction qu'un jour elle reprendrait sa place sur la scène. Malgré toute l'évidence du contraire qui la suivait partout, les maux de cou, les engourdissements dans les bras, la perte de flexibilité associée à la fusion de trois vertèbres, dans sa tête prenait forme ce rêve qui allait guider ses pas pour les dix années à suivre. Sa résolution était de titane, du même métal que la plaque qui soutenait ses vertèbres.
Le jour ingénieure civile, elle concevait des structures d'acier et le soir, elle s'entraînait de plus belle en vue de la compétition qui approchait. Sa remise en forme tenait du miracle, dans l'espace de quatre semaines son corps avait repris ses proportions normales et son système cardio-vasculaire amenait plus d'oxygène à ses muscles que jamais auparavant. Je me permets une parenthèse sur la mention "proportions normales" qui pour Nancy s'avèrent être bien au-dessus de la moyenne. Un petit bras de fer quelqu'un?
La jour de la compétition, j'étais assis dans la salle, souffrant le spectacle des culturistes qui passaient avant et qui me faisaient rougir de honte d'être dans la salle. Lorsque son tour est arrivé, j'ai vu une Nancy très nerveuse se déchaîner sous la musique de ZZTop. Elle a fait quelques erreurs techniques, elle a oublié une grosse partie de sa routine, mais son énergie était telle qu'elle s'est tout de même classée troisième et a mérité le bronze pour la grande régions de Montréal. C'était en mai 1996, trois mois après sa première opération, 6 semaines après sa deuxième. À mes yeux, cet exploi venait confirmer que la vie de Nancy était loin d'être terminée. Elle n'a toutefois pas voulu continuer les compétitions de danse aérobique, jugeant toute l'affaire trop quétaine.
Lorsqu'on a connu la scène, les acclamations du public et la vie de bohème, le travail de bureau n'est jamais vraiment satisfaisant. C'est pourquoi la venue de notre Sam à la fin de 1998 a été un énorme soulagement. Le congé de maternité est malheureusement passé trop vite et Nancy s'est astreinte à retourner au travail, déchirée comme tant de mère aujourd'hui entre le désir de faire fleurir sa carrière et celui de rester à la maison et s'occuper de son bébé. Nous sommes alors entrés dans le moule des gens ordinaires de la classe moyenne: la maison, la garderie, les deux voitures. Avec ça le stress, le surmenage et la déprime.
Le soir nous avions ce genre de discussions sur l'oreiller:
"Si seulement je pouvais me faire repêcher par le Cirque du Soleil, j'adorerais retourner dans le monde du spectacle, disait-elle
"Et ton cou Nancy, tu penses que tu pourrais tenir le coup?"
"Je ne sais pas, des jours je me dit que oui et d'autres, je ne vois pas comment je vais y arriver. Je suis malheureuse dans un bureau, c'est morne et triste, ce n'est pas moi."
"Tu pourrais rester à la maison si tu voulais, on n'a qu'à vendre la maison et on pourrait vivre sur un seul salaire. Tu pourrais te monter un numéro."
"Oui, c'est vrai, mais j'aime aussi notre maison, c'est un beau quartier pour élever Sam. J'aimerais un autre bébé ici."
Et nous continuions de tourner en rond sur les même sujets, n'arrivant pas à trouver comment faire se réaliser ce rêve qui devenait de plus en plus persistent. Pounne est arrivée en mai 2001 et en juin, je perdais mon lucratif emploi avec Nortel. J'ai rebondi dans une plus petite firme que je n'aimais pas et mon niveau d'énergie a chûté aussi vite que le prix des actions de mon ancienne firme.
Au même moment, notre petite a fait quelques épisodes de cyanose, où son corps devenait bleu et elle hurlait à s'en déchirer les poumons. Nancy devait retourner travailler et cette fois le dilemme lui tiraillait les entrailles plus que jamais. Le stress nous sortait par les oreilles et nous avons sombré dans un malheur intense et persistent, impossible à cerner, impossible à conquérir.
Nos conversations se poursuivaient:
"Je pense que nous devrions vendre cette foutue maison, disais-je. C'est elle qui nous rend comme ça."
"Comment?"
"Nous devons la payer, donc nous avons besoin de deux salaires, donc tu dois travailler dans un emploi moche au lieu de t'entraîner. Si on vend, on brise le cercle et on s'en sort."
"Tu crois? Je n'en suis pas si certaine."
"Il faut qu'on se dirige vers l'objectif et ce n'est pas en restant prisonniers de ces bouts de bois que nous allons pouvoir le faire. Il faut changer de milieu, c'est définitif!"
Et c'est ce que nous avons fait.
La maison a été vendue.
Nous avons acheté un petit condo pas cher.
Nancy s'est arrêtée de travailler.
Et du même coup, le soleil s'est levé à nouveau sur cette famille. Nous n'avons jamais regretté cette décision. Dans notre nouveau logis, Nancy a pu remplir son désir de mère sans stress. Nous avions plus d'argent que par le passé et plus de temps pour en profiter. Dans notre nouveau quartier, étions près des parents de Nancy qui n'ont jamais hésité à nous donner un peu de relève. Nous nous sommes fait de nouveaux amis, les Arjona, de bonnes personnes avec de superbes enfants qui sont vite devenus les meilleurs copains de nos petits. Tranquillement, la vie s'est replacée et les trois années où nous avons vécu dans notre condo ont sans contredit été les meilleures et les plus heureuses qu'il nous ait été donné de vivre.
À quelque part dans un coin de la tête de Nancy, cette tête supportée par un cou fracturé qui ne semblait plus causer de problèmes et qu'on aurait dit complètement guéri, continuait de germer son rêve, il prenait racine et arrivait à s'épanouir dans son esprit libéré de tout tracas.
Puis un jour, elle est passée à l'action.
------------------ Fin de l'épisode
Note: J'avais parlé de trois épisodes à venir dans mon billet du 11 septembre. Il en reste un seul, probablement en une seule partie cette fois. Merci à ceux qui sont restés jusqu'ici!
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Lorsqu'on est une athlète de calibre, la fin de sa carrière d'une manière moins que triomphale occasionne bien des soucis. Nancy n'a jamais voulu sombrer dans la déprime et son cerveau encore sous le choc s'est vite mis en marche pendant même que son cou était soutenu par un carcan de métal, version du collier cervical qui tient plus de l'appareil de torture du moyen-âge que du support orthopédique à la fine pointe. C'était clair que les sports d'impact étaient désormais hors de portée et cela signifiait à son grand désarroi qu'elle ne pratiquerait plus ni plongeon ni gymnastique.
Mais l'éventail des sports est infini et si le curling ne l'enchantait guère, elle fixa son esprit sur l'aérobie et le conditionnement physique. Et puis comme Nancy acceptait rarement un défi sans qu'il n'y ait au bout un objectif concret et mesurable, elle se mit dans la tête de s'inscrire à une compétition de fitness, un défilé de danse aérobique qui se déroule sur scène.
On a fini par lui enlever son support cervical et, malgré les mises en garde de ses proches, elle s'est mise à l'entraînement, une succession de cours de danse et d'exercices de musculation pour raffermir ses membres qui venaient de passer des semaines au repos.
C'est aussi à cette époque que Nancy s'est placée comme ingénieure dans une firme de Mont St-Hilaire. Le rêve de gagner sa vie en tant que voltigeuse venait de prendre un sérieux pas de recul car en elle à ce moment était forte la conviction qu'un jour elle reprendrait sa place sur la scène. Malgré toute l'évidence du contraire qui la suivait partout, les maux de cou, les engourdissements dans les bras, la perte de flexibilité associée à la fusion de trois vertèbres, dans sa tête prenait forme ce rêve qui allait guider ses pas pour les dix années à suivre. Sa résolution était de titane, du même métal que la plaque qui soutenait ses vertèbres.
Le jour ingénieure civile, elle concevait des structures d'acier et le soir, elle s'entraînait de plus belle en vue de la compétition qui approchait. Sa remise en forme tenait du miracle, dans l'espace de quatre semaines son corps avait repris ses proportions normales et son système cardio-vasculaire amenait plus d'oxygène à ses muscles que jamais auparavant. Je me permets une parenthèse sur la mention "proportions normales" qui pour Nancy s'avèrent être bien au-dessus de la moyenne. Un petit bras de fer quelqu'un?
La jour de la compétition, j'étais assis dans la salle, souffrant le spectacle des culturistes qui passaient avant et qui me faisaient rougir de honte d'être dans la salle. Lorsque son tour est arrivé, j'ai vu une Nancy très nerveuse se déchaîner sous la musique de ZZTop. Elle a fait quelques erreurs techniques, elle a oublié une grosse partie de sa routine, mais son énergie était telle qu'elle s'est tout de même classée troisième et a mérité le bronze pour la grande régions de Montréal. C'était en mai 1996, trois mois après sa première opération, 6 semaines après sa deuxième. À mes yeux, cet exploi venait confirmer que la vie de Nancy était loin d'être terminée. Elle n'a toutefois pas voulu continuer les compétitions de danse aérobique, jugeant toute l'affaire trop quétaine.
Lorsqu'on a connu la scène, les acclamations du public et la vie de bohème, le travail de bureau n'est jamais vraiment satisfaisant. C'est pourquoi la venue de notre Sam à la fin de 1998 a été un énorme soulagement. Le congé de maternité est malheureusement passé trop vite et Nancy s'est astreinte à retourner au travail, déchirée comme tant de mère aujourd'hui entre le désir de faire fleurir sa carrière et celui de rester à la maison et s'occuper de son bébé. Nous sommes alors entrés dans le moule des gens ordinaires de la classe moyenne: la maison, la garderie, les deux voitures. Avec ça le stress, le surmenage et la déprime.
Le soir nous avions ce genre de discussions sur l'oreiller:
"Si seulement je pouvais me faire repêcher par le Cirque du Soleil, j'adorerais retourner dans le monde du spectacle, disait-elle
"Et ton cou Nancy, tu penses que tu pourrais tenir le coup?"
"Je ne sais pas, des jours je me dit que oui et d'autres, je ne vois pas comment je vais y arriver. Je suis malheureuse dans un bureau, c'est morne et triste, ce n'est pas moi."
"Tu pourrais rester à la maison si tu voulais, on n'a qu'à vendre la maison et on pourrait vivre sur un seul salaire. Tu pourrais te monter un numéro."
"Oui, c'est vrai, mais j'aime aussi notre maison, c'est un beau quartier pour élever Sam. J'aimerais un autre bébé ici."
Et nous continuions de tourner en rond sur les même sujets, n'arrivant pas à trouver comment faire se réaliser ce rêve qui devenait de plus en plus persistent. Pounne est arrivée en mai 2001 et en juin, je perdais mon lucratif emploi avec Nortel. J'ai rebondi dans une plus petite firme que je n'aimais pas et mon niveau d'énergie a chûté aussi vite que le prix des actions de mon ancienne firme.
Au même moment, notre petite a fait quelques épisodes de cyanose, où son corps devenait bleu et elle hurlait à s'en déchirer les poumons. Nancy devait retourner travailler et cette fois le dilemme lui tiraillait les entrailles plus que jamais. Le stress nous sortait par les oreilles et nous avons sombré dans un malheur intense et persistent, impossible à cerner, impossible à conquérir.
Nos conversations se poursuivaient:
"Je pense que nous devrions vendre cette foutue maison, disais-je. C'est elle qui nous rend comme ça."
"Comment?"
"Nous devons la payer, donc nous avons besoin de deux salaires, donc tu dois travailler dans un emploi moche au lieu de t'entraîner. Si on vend, on brise le cercle et on s'en sort."
"Tu crois? Je n'en suis pas si certaine."
"Il faut qu'on se dirige vers l'objectif et ce n'est pas en restant prisonniers de ces bouts de bois que nous allons pouvoir le faire. Il faut changer de milieu, c'est définitif!"
Et c'est ce que nous avons fait.
La maison a été vendue.
Nous avons acheté un petit condo pas cher.
Nancy s'est arrêtée de travailler.
Et du même coup, le soleil s'est levé à nouveau sur cette famille. Nous n'avons jamais regretté cette décision. Dans notre nouveau logis, Nancy a pu remplir son désir de mère sans stress. Nous avions plus d'argent que par le passé et plus de temps pour en profiter. Dans notre nouveau quartier, étions près des parents de Nancy qui n'ont jamais hésité à nous donner un peu de relève. Nous nous sommes fait de nouveaux amis, les Arjona, de bonnes personnes avec de superbes enfants qui sont vite devenus les meilleurs copains de nos petits. Tranquillement, la vie s'est replacée et les trois années où nous avons vécu dans notre condo ont sans contredit été les meilleures et les plus heureuses qu'il nous ait été donné de vivre.
À quelque part dans un coin de la tête de Nancy, cette tête supportée par un cou fracturé qui ne semblait plus causer de problèmes et qu'on aurait dit complètement guéri, continuait de germer son rêve, il prenait racine et arrivait à s'épanouir dans son esprit libéré de tout tracas.
Puis un jour, elle est passée à l'action.
------------------ Fin de l'épisode
Note: J'avais parlé de trois épisodes à venir dans mon billet du 11 septembre. Il en reste un seul, probablement en une seule partie cette fois. Merci à ceux qui sont restés jusqu'ici!
12 octobre 2006
L'éclat du soleil
Deuxième épisode - première partie
---------------------------------------------------
Le soleil s'est levé deux fois le jour où Nancy est revenue de la Chine. J'ai manqué le premier lever. Il m'aurait été impossible de rater le second.
J'étais en compagnie des parents de Nancy, nous l'attendions à l'aéroport. Pour ménager son nouveau cou, la chanceuse s'était fait payer un billet en première classe, je m'attendais à moitié à ce qu'elle débarque avec les petites pantoufles Air Canada encore dans les pieds, un sourire Colgate au visage, les mains parfaitement lotionnées.
À la place nous avons eu droit à un lever de soleil, ses cheveux autant de rayons qui pointaient de son crâne, tous de la même longueur, raides comme des spaghettis dans leur boîte! C'était difficile malgré la solemnité du moment de ne pas éclater de rire.
"Tu t'es vu la tête?", lui ai-je demandé en l'embrassant aussi doucement qu'il m'était possible.
"T'es pas fin. Demain je vais m'acheter un chapeau", m'avait-elle répondu.
C'est Keny, le père de Nancy qui a pris le volant pour le retour à la maison parce que sa Corolla avait une suspension plus molle que ma Golf-tasse-toi-mon-onc'.
"Ouch Papa, essaie de ne pas trop prendre de bosses veux-tu?" disait Nancy. Le pauvre Keny faisait de son mieux mais il lui aurait fallu un aéroglisseur pour ne pas s'enfoncer dans les cratères de la 20 entre Dorval et le pont Champlain, en plein dégel. Et encore...
Malgré tout, nous avons fini par nous rendre et Nancy s'est installée chez ses parents pour un moment, le temps de récupérer un peu et de se faire dorloter. Ce n'est qu'après quelques semaines de ce traitement royal que Nancy est revenue chez nous à Ste-Foy, la ville de nos études et de nos folles amours. Nous savions que notre vie allait changer mais quand on a vingt-six ans, rien ne nous paraît si énorme n'est-ce pas?
Et c'est vrai que la vie avait une texture différente. Nancy portait maintenant des chapeaux, elle qui avait toujours dit "je n'ai pas une tête à chapeaux". Et puis elle peignait ses cheveux par en arrière comme le Fonz dans Happy Days, passant des quantité phénoménales de gel coiffant à tous les jours pour faire se coucher le barbelé, toujours avec un succès partiel. J'avais même composé une chanson sous cette inspiration que j'avais intitulée "Every day is a bad hair day".
Au-delà des changements toutefois il y avait une partie de Nancy qui n'avait pas changé d'un cheveu. Son envie par exemple, un dimanche après-midi, d'aller faire du patin à roulettes sur l'anneau Gaétan Boucher tenait de la folie, elle qui avait encore au cou son collier cervical, des douleurs et autres engourdissements de toutes sortes. Mais quand Nancy décidait qu'elle allait faire du patin, j'avais intérêt de ne pas me mettre en travers de son chemin. Le mieux que je pouvais faire était de la suivre et de l'empêcher de se casser le cou à nouveau. Pas facile, compte tenu qu'elle insistait pour patiner à reculons. J'en avais des sueurs froides. J'en ai encore quand j'y pense. Elle avait même fait le même coup à mes parents lorsque nous les avons visités un peu plus tard, mon frère s'en souvient encore...
Un jour, Nancy s'est décidée à aller consulter un médecin pour voir si tout était en ordre. Je me rappelle quelques neurologues à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, l'air perplexe, profondément en discussions l'un avec l'autre. Comme Dupond et Dupont, ils nous avaient annoncé la nouvelle :
"C'est un travail partiel", avait dit l'un.
"Je dirais même plus, on dirait que le greffon d'os s'est déplacé vers le bas avant de se souder", avait dit l'autre
"Ce qui fait que C5 est à peine soudée, elle ne tient que par un coin qui nous apparaît ma foi bien fragile."
"Bien fragile. Il faudrait opérer ça, es-tu d'accord mon cher collègue?"
"Tout à fait, mais c'est toi qui le fais."
"Ah non, pas question!"
"Roche papier ciseau?"
"Voyez-vous madame, en se retournant vers nous, nous sommes beaucoup trop chicken pour vous opérer car d'après ce que l'on observe, il ne suffirait que d'un battement d'aile d'une libellule pour que ça casse à nouveau et là, oh là là, la moëlle va certainement se sectionner et vous allez être paralysée à tout jamais."
"Palarysée à jout tamais!"
Enfin, ça ressemblait à ça. Ces deux clowns ont passé leur message: Nancy n'était pas hors de danger mais ce ne serait pas dans cet hôpital qu'elle serait rafistolée.
Un autre voyage à Montréal, sous les conseils d'un membre de la famille médecin, et Nancy et moi nous retrouvons à l'Institut de Neurologie de l'hôpital Royal Victoria. Les radiographies ont circulé, sont passées entres bien des mains avant de se retrouver dans celle du champion de l'Institut, le kingpin des cous cassés, l'incomparable et irremplaçable Dr. Ronald Pokrupa. Deux jours après, sous sa direction, Nancy était admise et allait subir un nouveau cauchemar.
"Relaxe Nancy, cette fois-ci nous allons t'endormir et nous prendrons soin de toi après l'opération, ne t'en fait pas. Je te réserve une petite surprise...". Cet homme avait tout pour nous mettre en confiance.
Quelques heures sous anesthésie et Nancy s'est retrouvée avec une plaque de titane vissée dans le cou. Le trou de sa hanche s'était un peu agrandi, il avait fallu plus d'os pour combler le manque autour de C5.
"Je veux ma surprise" avait-elle dit au réveil.
On lui mit une télécommande dans la main.
"Quand ça fait mal, tu appuies ici ma belle, fit l'infirmière, tous tes problèmes vont s'en aller."
"Ah oui? Je peux essayer? Pfuit. Ohhh, ahhh, je me sens bien tout à coup..."
L'auto-injecteur de morphine est vite devenu l'ami de Nancy qui avait tant souffert. Parfois avant de s'endormir, elle sombrait dans un délire onirique qui la faisait rire. Elle voyait des créatures fantastiques se jeter devant elle et me racontait tout bas le bien-être qu'elle vivait de les voir.
La seule créature fantastique que j'ai vue ce jour-là se trouvait dans son lit, pleine de sommeil et de rêves...
------------------- À suivre
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Le soleil s'est levé deux fois le jour où Nancy est revenue de la Chine. J'ai manqué le premier lever. Il m'aurait été impossible de rater le second.
J'étais en compagnie des parents de Nancy, nous l'attendions à l'aéroport. Pour ménager son nouveau cou, la chanceuse s'était fait payer un billet en première classe, je m'attendais à moitié à ce qu'elle débarque avec les petites pantoufles Air Canada encore dans les pieds, un sourire Colgate au visage, les mains parfaitement lotionnées.
À la place nous avons eu droit à un lever de soleil, ses cheveux autant de rayons qui pointaient de son crâne, tous de la même longueur, raides comme des spaghettis dans leur boîte! C'était difficile malgré la solemnité du moment de ne pas éclater de rire.
"Tu t'es vu la tête?", lui ai-je demandé en l'embrassant aussi doucement qu'il m'était possible.
"T'es pas fin. Demain je vais m'acheter un chapeau", m'avait-elle répondu.
C'est Keny, le père de Nancy qui a pris le volant pour le retour à la maison parce que sa Corolla avait une suspension plus molle que ma Golf-tasse-toi-mon-onc'.
"Ouch Papa, essaie de ne pas trop prendre de bosses veux-tu?" disait Nancy. Le pauvre Keny faisait de son mieux mais il lui aurait fallu un aéroglisseur pour ne pas s'enfoncer dans les cratères de la 20 entre Dorval et le pont Champlain, en plein dégel. Et encore...
Malgré tout, nous avons fini par nous rendre et Nancy s'est installée chez ses parents pour un moment, le temps de récupérer un peu et de se faire dorloter. Ce n'est qu'après quelques semaines de ce traitement royal que Nancy est revenue chez nous à Ste-Foy, la ville de nos études et de nos folles amours. Nous savions que notre vie allait changer mais quand on a vingt-six ans, rien ne nous paraît si énorme n'est-ce pas?
Et c'est vrai que la vie avait une texture différente. Nancy portait maintenant des chapeaux, elle qui avait toujours dit "je n'ai pas une tête à chapeaux". Et puis elle peignait ses cheveux par en arrière comme le Fonz dans Happy Days, passant des quantité phénoménales de gel coiffant à tous les jours pour faire se coucher le barbelé, toujours avec un succès partiel. J'avais même composé une chanson sous cette inspiration que j'avais intitulée "Every day is a bad hair day".
Au-delà des changements toutefois il y avait une partie de Nancy qui n'avait pas changé d'un cheveu. Son envie par exemple, un dimanche après-midi, d'aller faire du patin à roulettes sur l'anneau Gaétan Boucher tenait de la folie, elle qui avait encore au cou son collier cervical, des douleurs et autres engourdissements de toutes sortes. Mais quand Nancy décidait qu'elle allait faire du patin, j'avais intérêt de ne pas me mettre en travers de son chemin. Le mieux que je pouvais faire était de la suivre et de l'empêcher de se casser le cou à nouveau. Pas facile, compte tenu qu'elle insistait pour patiner à reculons. J'en avais des sueurs froides. J'en ai encore quand j'y pense. Elle avait même fait le même coup à mes parents lorsque nous les avons visités un peu plus tard, mon frère s'en souvient encore...
Un jour, Nancy s'est décidée à aller consulter un médecin pour voir si tout était en ordre. Je me rappelle quelques neurologues à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, l'air perplexe, profondément en discussions l'un avec l'autre. Comme Dupond et Dupont, ils nous avaient annoncé la nouvelle :
"C'est un travail partiel", avait dit l'un.
"Je dirais même plus, on dirait que le greffon d'os s'est déplacé vers le bas avant de se souder", avait dit l'autre
"Ce qui fait que C5 est à peine soudée, elle ne tient que par un coin qui nous apparaît ma foi bien fragile."
"Bien fragile. Il faudrait opérer ça, es-tu d'accord mon cher collègue?"
"Tout à fait, mais c'est toi qui le fais."
"Ah non, pas question!"
"Roche papier ciseau?"
"Voyez-vous madame, en se retournant vers nous, nous sommes beaucoup trop chicken pour vous opérer car d'après ce que l'on observe, il ne suffirait que d'un battement d'aile d'une libellule pour que ça casse à nouveau et là, oh là là, la moëlle va certainement se sectionner et vous allez être paralysée à tout jamais."
"Palarysée à jout tamais!"
Enfin, ça ressemblait à ça. Ces deux clowns ont passé leur message: Nancy n'était pas hors de danger mais ce ne serait pas dans cet hôpital qu'elle serait rafistolée.
Un autre voyage à Montréal, sous les conseils d'un membre de la famille médecin, et Nancy et moi nous retrouvons à l'Institut de Neurologie de l'hôpital Royal Victoria. Les radiographies ont circulé, sont passées entres bien des mains avant de se retrouver dans celle du champion de l'Institut, le kingpin des cous cassés, l'incomparable et irremplaçable Dr. Ronald Pokrupa. Deux jours après, sous sa direction, Nancy était admise et allait subir un nouveau cauchemar.
"Relaxe Nancy, cette fois-ci nous allons t'endormir et nous prendrons soin de toi après l'opération, ne t'en fait pas. Je te réserve une petite surprise...". Cet homme avait tout pour nous mettre en confiance.
Quelques heures sous anesthésie et Nancy s'est retrouvée avec une plaque de titane vissée dans le cou. Le trou de sa hanche s'était un peu agrandi, il avait fallu plus d'os pour combler le manque autour de C5.
"Je veux ma surprise" avait-elle dit au réveil.
On lui mit une télécommande dans la main.
"Quand ça fait mal, tu appuies ici ma belle, fit l'infirmière, tous tes problèmes vont s'en aller."
"Ah oui? Je peux essayer? Pfuit. Ohhh, ahhh, je me sens bien tout à coup..."
L'auto-injecteur de morphine est vite devenu l'ami de Nancy qui avait tant souffert. Parfois avant de s'endormir, elle sombrait dans un délire onirique qui la faisait rire. Elle voyait des créatures fantastiques se jeter devant elle et me racontait tout bas le bien-être qu'elle vivait de les voir.
La seule créature fantastique que j'ai vue ce jour-là se trouvait dans son lit, pleine de sommeil et de rêves...
------------------- À suivre
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